Dialogues avec Ramana Maharshi
D. Est-ce que la veille et le rêve peuvent être considérés comme des excursions hors du Soi, notre nature véritable ?
M. Il faut une localisation dans l’espace pour faire une excursion. Cette localisation doit être en dehors de vous. Cela est impossible dans l’état naturel du Soi, où rien ne se trouve ailleurs. D. Votre exemple de l’écran de cinéma est une magnifique illustration de la vérité. M. L’écran d’un cinéma ne ressent rien, et a donc besoin d’un spectateur qui prenne conscience du spectacle. Mais l’écran du Soi est différent; il comprend le spectateur et le spectacle, ou plus exactement il est en soi plein de lumière. Sur l’écran, les images ne peuvent être perçues que si la salle est plongée dans l’obscurité. Ainsi le mental ne peut-il projeter ses idées et ses images que dans l’obscurité de son ignorance fondamentale (avidyd). Le Soi est pure connaissance, pure lumière, dépourvue de toute dualité. La dualité implique l’ignorance. La connaissance véritable du Soi se tient au-delà de la connaissance-ignorance. De même, la lumière du Soi est au-delà de la lumière ordinaire et de l’ombre. Car le Soi est tout seul.D. Que doit-on penser du progrès?
M – Le progrès relève de la dualité, c’est-à-dire du mental et non point du Soi. Le Soi est toujours parfait.
M – Les gens sont curieux. Ils quittent ce qui leur est le plus intime, le plus immédiat et puis ils s’efforcent de trouver la paix et la tranquillité. Les textes sacrés disent « Tu es Cela ». Le terme « tu » fait l’objet d’une expérience directe. Néanmoins, les gens préfèrent l’ignorer et partir à la recherche de «Cela » !
D. C’est pour trouver l’identité de « cela » et de « tu ».
M. « Cela » désigne le Soi intérieur, immanent en toute chose. Pour trouver le Soi, l’homme préfère s’abandonner, se quitter et se laisser happer par le monde ? Qu’est-ce que le monde ? Qu’y a-t-il d’immanent en lui ? C’est «cela ». Toutes ces idées ne prennent corps que lorsque l’on oublie son propre Soi. Je ne me suis jamais égaré dans d’aussi vaines recherches. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte que les hommes s’y intéressaient.
